Entre soies, Yuriko Hara

Deux jeunes filles aux cheveux très longs se regard dans les yeux avec passion

CW/TW : relations toxiques (sous-entendu, puis explicite à partir du tome 3

Le prestigieux institut Hoshimiya accueille des jeunes filles dans le but de leur donner une bonne éducation. Depuis des générations, une tradition perdure : les uniformes sont tissées par les terminales à partir de leurs cheveux. Un étrange incident risque de faire voler en éclat l’harmonie de l’école.

Les mèches du destin

Il y a si peu de mangas yuri publiés en France que lorsqu’un titre sort, c’est la fête ! J’étais très intriguée par l’annonce de ce titre car il s’en dégage, dès la couverture, un sentiment de mystère. Et c’est bien plus que cela.

Dans l’institut pour filles Hoshimiya, tout tourne autour des cheveux des élèves, qu’elles portent toutes très longs dans un seul but : qu’ils soient coupés et tissés afin de confectionner les futurs uniformes scolaires. Certaines personnes, comme Yoko Yokozawa ne sont venues dans cette école que pour cela.

Distante et peu encline à s’attacher, Yokozawa est pourtant devenue l’amie de Hana Saeki, le « Prince » de l’école, charismatique, d’une grande beauté. A mesure qu’elles se parlent, ce sentiment évolue en un attachement fort. Mais Saeki a les yeux rivés vers la fenêtre de la chambre de Hoshimiya, la petite-fille de la proviseure, dont l’absence quasi constante fait beaucoup parler.

Ce qui happe avant tout, c’est le dessin. Le soin apporté à la représentation des cheveux, flottants, diaphanes, bougeant telle une entité à part entière de celles qui les portent, est saisissante. Parfois un peu difficile à lire aussi mais reste à mes yeux fascinantes et porteuse de symbolique frôlant parfois le fétichisme. Mais j’y reviendrai.

L’histoire se découpe en chapitres courts et presque indépendants, présentant les personnages et leur quotidien dans cette école d’élite. A la fin du premier tome, en assemblant les indices, on a une bonne idée de ce à quoi aspire les héroïnes de ce triangle amoureux auquel toutes n’ont pas conscience de participer.

Shojo de classe S

Et il est impossible de nier l’influence de titres tels que Très cher frère ou Maria-sama ga miteru dans la narration d’Entre soies. A vingt-quatre ans d’écart, ces deux séries sont devenues les emblèmes du genre esu, des récits narrant les émois de jeunes filles dans le cadre protégé de leur école non mixte, avec ses relations contrariées, ses sororités, ses codes secrets à décrypter dans les images, et ses non-dits.

Les sentiments se lisent dans les regards, plus que dans les mots, et les cheveux remplacent les fleurs dans les messages. Frôler une mèche de cheveux du bout des doigts, la sentir, la porter à ses lèvres pour l’embrasser sont des signaux plus évocateurs et sensuels qu’une déclaration directe (même si, comme dans beaucoup de romances, on aimerait que les amoureuses se PARLENT tellement elles peuvent être aveugles à l’autre).

Le poids des traditions, la volonté d’émancipation

Mais c’est dans le tome 2, sorti en même temps que le 1, que l’histoire prend un sens tout nouveau et fantastique avec l’introduction d’un quatrième personnage, Küjo, une jeune femme ambitieuse qui me rappelle la belle-mère de Blanche Neige, en compétition avec l’absente mais obsédante Hoshimiya pour le maintien des traditions de l’école. Un étrange héritage qui affecte chacune des élèves à un niveau dramatique.

Outre le poids historique transmis par l’uniforme tissé, l’école a en effet repris à son compte le système des Grandes et Petites Sœurs qui a réellement existé dans le Japon d’avant-guerre. Ce mentorat autorise une élève de terminale à avoir sous son aile une élève de première ou de seconde afin de la guider dans sa vie de lycéenne, lui inculquant bonnes manières et astuces pour le futur. Forcément, en fonction de la personnalité des jeunes femmes, la relation peut être plus ou moins intense…

Ainsi, les héroïnes se débattent avec leurs sentiments, le rôle qu’elles doivent jouer dans l’école et le besoin de se libérer d’un poids qui les étouffe. Insidieusement, un compte à rebours se met en place, qui déterminera la révolution ou le statu quo. Les éléments fantastiques, les enjeux s’intègrent à une narration de plus en plus propice au suspens.

Même s’il nécessite un peu de temps pour être appréhendé, Entre soies est un manga intrigant, sensible et prenant. Qui sera sauvé de la tourmente et qui se laissera enfermer de le cocon ? J’ai hâte de lire la suite.


Pour aller plus loin

Pour encore mieux comprendre les enjeux du yuri spécifique aux écoles de jeunes filles (et du yuri en général), je vous recommande le livre By your side The First 100 Years of Yuri Anime and Manga par Erica Friedman (en anglais). Cet essai rédigé par la fondatrice de la plus ancienne communauté anglophone autour du yuri retrace l’histoire du genre, ses enjeux pour les jeunes japonaises et publics LQBTQIA+.

Elle a également sorti une vidéo expliquant la prédominance des étudiantes dans le yuri.


Traduction : Camille Vélien
Correction : Fox & Tadpole

Taifu Comics (Yuri) 2022
4 tomes

Type : Seinen
Genre : romance, drame, scolaire
A partir de 14 ans

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