
CW : tentatives d’agressions sexuelles, descriptions graphiques de violence, gore
Service presse NetGalley
L’humanité sort encore tremblante d’une longue guerre, conclusion de milliers d’années de domination par la race des vampires, connue sous le nom de Noblesse. Les villages se protègent comme ils le peuvent des créatures de la nuit et sont prêts à payer cher les Chasseurs qui se présentent. C’est ainsi que Doris Lang, aux abois après avoir été mordue par le Comte Lee, engage D, un mystérieux chasseur.
Bloody Wild West
L’inconvénient de ne pas vivre au Japon, ou de ne pas parler la langue quand on est fan de manga et d’anime c’est qu’on est privé d’une bonne partie du matériel de base. Lors de la sortie du film Vampire Hunter D : Bloodlust en 2000, apprendre que l’univers existe initialement dans des romans a été une surprise à la hauteur de la déception ressentie lorsque j’ai compris qu’il n’y aurait jamais de traduction française. Enorme.
J’ai donc été ravie de savoir qu’il existait une version anglaise. Une version audio qui plus est, plébiscitée par l’auteur en personne. Avec les illustrations de celui qui a bossé sur des licences comme Final Fantasy. J’ai donc mis mon casque, posé mon téléphone sur mon ventre et me suis plongée dans le monde dur et sanglant des chasseurs et de leurs proies. Vous voulez de l’action ? Vous allez être servis.
L’histoire
Bienvenue à La Frontière, en l’an de disgrâce 12.090. Disgrâce car après des millénaires de prospérité et d’avancées technologiques dignes de l’imagination débridée d’un Georges Lucas sous substances, le monde a régressé au niveau Far West de la force. Les humains se terrent dans des villages, cherchant à se protéger des bandits et des créatures hostiles qui hantent les étendues désolées, à commencer par les vampires, qui malgré un nombre décroissant, continuenr d’avoir l’ascendant et de terroriser le monde.
C’est dans cette ambiance desert-punk âpre que Doris Lang engage D après avoir été mordue par le comte Magnus Lee, le seigneur vampire local afin de le tuer pour lever la malédiction. Dans le récit, les vampires ont les réaction qu’on leur connaît – sensibles à la lumière et à certaines substances – mais sont aussi plus sournois. Malgré leur disparition inéluctable, ils font tout pour se maintenir en place en usant de terreur physique et psychologique sur les humains.
Une bonne impression générale
Le moins que l’on puisse dire c’est que pour une œuvre de près de 40 ans, Vampire Hunter D à plutôt bien vieilli en terme de narration. Plonger dans son ambiance post-apo horrifique est vraiment plaisant. A travers une exposition détaillée, l’auteur raconte la chute du monde tel que nous l’avons connu, puis sont renouveau et sa régression actuelle, pour les humains comme pour les vampires. Du passé, il ne reste que des bribes de technologie pour survivre et se défendre, et une prolifération de créatures et êtres dangereux comme les garous ou les sorcières.
Comme dans le Far West du 19e siècle, une mauvaise décision peut changer le cours du destin. Tout le monde vit sur le fil du rasoir et j’ai bien aimé me sentir constamment en danger alors que je ne mettrais pas un orteil là-bas. L’action est très présente dans des scènes de combats assez épiques accompagnées de répliques bien senties. On sent l’inspiration du cinéma américain comme Romero ou Carpenter, ainsi que Lovecraft pour le côté malaisant.
Des personnages intéressants mais un peu cliché
Du côté des personnages c’est… plus compliqué. Il faut garder en tête que le livre a été écrit par un homme dans les années 80 pour deviner qu’on n’échappera pas à certains tropes. Qui dit Far West dit aussi imagerie de la virilité; et à l’exception de notre loup solitaire de D et des rares amis de Doris, beaucoup des protagonistes en font étalage. Bien que décrite comme forte et courageuse et agissant comme telle malgré sa situation critique, Doris est aussi la proie constante des appétits masculins et finit trop souvent dans le rôle de la demoiselle en détresse. Et c’est agaçant que l’auteur rappelle constamment qu’elle est vierge.

D est le seul au dessus du lot, forcément. Insolemment beau de par sa nature de Dhampir, plaisant tant aux hommes qu’aux femmes, musclé et puissant. Psychologiquement c’est un très étrange mélange entre Dark Sasuke « je ne sociabilise que si c’est nécessaire » et Gary-Stu « tout ce que je fais est tellement badass que tu peux l’imaginer en version anime si tu fermes les yeux ». Il a toujours un plan pour s’en tirer à la dernière seconde et s’il n’en a pas… eh bien il en a un quand même. Il a de la chance d’avoir une histoire très étoffée et un monde à la mesure de ses pouvoirs sinon je le détesterais. Et vu qu’il ne répond pas aux sollicitations parfois dépourvues de subtilité de ces dames, je le soupçonne d’être trop impliqué dans sa mission ou d’être aro/ace. N’ayant lu qu’un tome, je ne peux confirmer.
L’audiobook est lu par un casting complet. Mais autant j’ai un faible pour le narrateur, autant les voix féminines étaient… étranges ? Celle de Doris et de Larmika, la fille du comté me laissent perplexe, j’ai eu plus l’impression d’entendre des hommes contrefaire des voix de femmes que de vraies actrices. Soit je ne suis pas habituée aux lectures à plusieurs, soit quelque chose s’est mal passé à l’enregistrement.
Conclusion
Malgré son aspect classique et un peu suranné, Vampire Hunter D fonctionne encore. L’horreur et l’action s’entremêlent dans un ensemble qui tient en haleine et on a envie de voir jusqu’où l’auteur peur aller en reprenant les codes vampiriques en vigueur à sa manière. Malgré les étranges voix féminines, le livre est agréable à écouter et le temps file. Si vous souhaitez une vision de la fantasy horrifique à la japonaise, ce livre est pour vous.
illustré par Yoshitaka Amano
Production : Scott McCormick
Traduction : Kevin Leahy
Graphic Audio 2021
Edition originale : 1983
8h48
Genre : fantasy, horreur