Ao-chan can’t study, Ken Kawahara

Une jeune fille aux longs cheveux violets foncés  portant un pull rose et ne chemise blanche avec cravate est tombée au sol et essaie de rattraper un livre dont la couverture censurée laisse penser qu'il s'agit d'un livre érotique.

Ao Horie a deux souhaits : aller dans une grande université et quitter la maison. Pour ça, elle s’arme d’une volonté de fer pour étudier, quitte à renoncer à sa jeunesse et aux plaisirs de l’existence. Mais entre les avances de Takumi, le chouchou de la classe et le plus grand romancier érotique du Japon alias son père, elle n’est pas au bout de ses peines.

Let’s talk about sex

Parler de relations amoureuses et de sexualité à des ados, ça n’a rien d’évident, c’est même un exercice casse-gueule quand on n’a pas les bons mots où qu’on n’est pas au bon endroit au bon moment. Et par quel bout commencer, l’éducation ou le plaisir ? Aujourd’hui, voici un titre un peu WTF qui prend le problème par le bout le plus logique (selon moi) : la communication.

Ao ne rêve que de quitter son domicile, loin de son père qui non content d’être le plus grand écrivain de livres cochons du pays, est un pervers notoire. Non qu’il toucherait à un cheveu de sa fille, c’est la prunelle de ses yeux et il l’adore (et sinon8, je connais un éditeur que j’aurai rôti sur place), mais quel parent sain d’esprit laisserait sa file accéder à toute le matériel érotique entassé dans la maison alors qu’elle est mineure et lui réclamerait des flans-nichons ?

Capture d'une page du manga; on y voit un monsieur tout en rondeur, chauve et portant la moustache, habillé d'un pyjama. Le texte dit "mon père est auteur de romans érotiques à succès. Dans le quartier on l'appelle "Jules Verge". Merde, je me remettrais jamais de cette superbe traduction !
On dirait maître Happosai de Ranma 1/2 🤣 Et merci au traducteur pour cet instant de grâce !

Le résultat de cette éducation laxiste est que Ao, désormais insensible à tout contenu 18+, déteste les garçons, qu’elle perçoit comme des sacs de testostérone obsédés par le sexe (pas que je la détromperais, notez bien). Ce ne serait pas si grave si sa volonté d’étudier et de fuir ne la tenait pas à l’écart des codes sociaux, la rendant inapte à comprendre l’amitié ou la séduction.

C’est donc la peur et le dégout au ventre qu’elle reçoit les avances de Takumi, idole de la classe, qui s’intéresse de près à elle pour des raisons encore obscures mais qui ne sont peut-être pas celles que Ao croit. Une valse de quiproquos et malentendus commence, entre une conversation mal comprise, un livre d’anglais malicieusement échangé contre un roman porno par papa pour « aider au rapprochement » (pas merci) et déjà l’apparition d’une rivale.

Ses mains sont très grandes ! C’est sûr il a une arme entre les jambes !

Ao-chan, lycéenne mal informée

Passé l’aspect papa-cringe, ce manga se révèle bien plus intrigant et drôle qu’il n’y parait. Derrière une comédie romantique légère de lycéens débordants d’hormones, on trouve le nerf de la guerre dès qu’il s’agit de s’ouvrir (ou pas) au désir charnel : l’information et la communication. Bercée par les bouquins de son père, Ao a une vision erronée de la sexualité, à la fois glamour et effrayante et il lui est compliqué de discuter avec lui sérieusement surtout quand lui cherche à constamment se mêler de sa vie sociale naissante.

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, ce manga est tout public. Pas d’image salace ou de plans ambigus. Le mangaka a tout misé sur les dialogues et l’expressivité de ses personnages, ainsi que leurs interactions. Le reste de la classe bien que secondaire, est aussi partie prenante de ces conversation, véhiculant bon nombre d’informations, parfois vraies, souvent fausses. Une classe normale en somme, d’ados normaux qui l’ont fait ou ne l’ont pas fait et en parlent entre eux.

Ao-chan can’t study est un manga attachant sur les déboires d’une jeune fille qui se débat avec sa vie amoureuse et ses préjugés. C’est léger, sexy même avec un papa chelou dans les parages et pas prise de tête. Une bonne lecture détente. Le manga a aussi été adapté en anime en 2019.


Bon à savoir

En théorie, l’éducation nationale en France est tenue de dispenser des séances d’éducation à la sexualité au primaire et au secondaire… en pratique c’est au petit bonheur la chance. Si vous bloquez pour parler à votre ado, tournez-vous vers le Planning familial ou une association comme SOS Homophobie pour vous épauler.


Traduit par Rodolphe Gricquel

Noeve 2021
8 tomes, terminé

Type : shonen
Genre : comédie romantique

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