Devenir japonaise, MariNaomi

La tête de l'autrice, un peu floue et décalée, entourée de petits fantômes représentants son anxiété, le tout sur un fond jaune

CW : attaque de panique

Mari s’installe à San Jose arec Giussepe, son fantasque colocataire et découvre la communauté asiatique de la ville. Complexée par la méconnaissance de ses origines et notamment par le fait de ne pas maitriser le japonais, elle se fait engager dans un barre à hôtesses pour expatriés nippons.

Au comptoir des identités

Appartenir à une diaspora, c’est se chercher. En fonction des individus, et de leur entourage, cela peut prendre toute une vie de comprendre ses origines, sans parler de les voir de ses propres yeux. Dans cette autobiographie à l’encre, MariNaomi raconte ses premiers tâtonnements dans sa quête de soi.

Mari veut apprendre le japonais, frustrée de ne pas être correctement comprise quand elle part en voyage. Pourquoi sa mère refuse de le lui enseigner ? Mystère, mais ça a sans doute à voir avec l’histoire familiale et la venue de cette femme aux USA pour épouser un Américain… Qu’à cela ne tienne, notre héroïne va ruser. Lorsqu’elle n’accompagne pas son désormais petit ami Giussepe lors de ses tournées en taxi, elle travaille au Yamamoto, un bar à hôtesses. Le genre d’établissement un peu dans la zone grise niveau relations interpersonnelles tarifées mais parfait pour faire la conversation avec de riches expatriés nippons.

A travers son regard et son dessin minimaliste se déroulent des instants de sa vie : discuter avec des hommes d’affaires plus ou moins empressés, améliorer sa sociabilité et sa pratique du japonais, détricoter les clichés des mœurs asiatiques et se conformer à d’autres, touts ces petits détails qui rendent authentique et vraie son expérience, qui pourtant ne se passe pas toujours bien.

Le voyage à Tokyo, prévu de longue date avec Giussepe, est une immersion totale, toujours parsemés de ces moments intenses entre les stéréotypes de n’importe quel Occidental au pays du manga et des sushis, et la réalité, tout en nuances complexes à saisir. Mari a enfin l’occasion de voir si vraiment, elle peut être Japonaise, ou s’il lui manque quelque chose. Elle peut explorer l’histoire familiale tout en mettant en pratiquer ce qu’elle a durement appris.

J’adore ce livre, sa sincérité. Mari ne cache rien de ses sentiments, qui sont parfois extrêmes, ni de ses interrogations, ses doutes ou ses peurs. Son comic est un vrai journal intime, drôle, tendre et sans fard sur ses interrogations et sa vie de couple et familiale. Au final, c’est une jeune femme doucement transformée qui referme le livre de cette étape de sa vie, que l’on suit avec un petit sourire doux-amer sur le visage.

Sur son compte Twitter, MariNaomi se déclare « agnostique du genre » (she/her they/them) et bisexuelle, en plus de sa bi-racialité. Cela ne transparait pas dans ce livre (du moins à mon avis mais hey, je suis une personne cishet qui n’y connait rien), donc je n’en ai pas fait mention dans la chronique, mais ça me parait important de la signaler. Je pense que les faits relatés dans le livre lui ont permis de pousser sa réflexion sur elle-même encore plus avant.

Devenir Japonaise parlera à qui cherche plus que des mots à mettre sur son expérience avec ses origines. Mari n’a pas peur d’emprunter des parcours un peu étranges pour parvenir à son but, même si cela peut lui causer du tort, elle a le courage et la force de ses décisions et la suivre dans son évolution est un réel plaisir.


Traduit par Maxime Berrée

IMHO 2021
Genre : autobiographie

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