
manga de Masahiko Matsumoto
traduit par Ryôko Sekiguchi & Patrick Honnoré
Cambourakis 2018 (2e édition)
One shot
276 p., 18€
Genre : social
Onze histoires dans le Japon des années 60, d’une jeunesse qui cherche ses repères.
Rumbling sixties
Il y a longtemps que je sais que le Japon des mangas n’est pas le vrai Japon. Autrement dit, le soft power n’a plus de réel impact sur moi. Il n’empêche, j’aime croire que la fiction, narrée par les bonnes personnes, reflète une réalité qui a pu exister.
Dessinées dans les années 70, ces onze histoires, certaines très courtes et d’autres sur plusieurs épisodes, racontent un Japon qui change. Nous sommes dans les années 60, le miracle japonais, cette période de croissance exponentielle survenue au sortir de la seconde guerre mondiale, bat son plein, pourtant les rues de Tokyo sont étroites, sinueuses, les maisons en bois ont l’air surannées et les habitants un peu perdus et perplexes.
Ici les couples se font et se défont au rythme des sentiments et de l’opportunisme. Ils et elles ont entre 20 et 30 ans, errent entre les conseils des anciens et l’influence d’idées nouvelles et d’un monde qui change vitre .Personne n’a l’air bien riche, même en ayant un travail c’est comme si tout le monde tirait le diable par le queue et vivait l’instant présent, en quête d’un bonheur difficilement atteignable et qui peu s’échapper à tout moment.
Chaque histoire relève du petit drame du quotidien, le destin amoureux se jouant parfois à peu de choses. Il n’y a pas de héros du quotidien, juste des gens qui veulent vivre avec leur temps, être heureux ou contempler leur bonheur perdu.
Le dessin, étrangement, m’a rappelé celui de Boulet, avec ces yeux ronds, ces bouches un peu pincées et ces expressions pas loin de l’étonnement constant. Tout semble les surprendre. Si les corps ne sont pas toujours très détaillés, l’environnement lui fourmille de détails de ce Japon qui se cherche, vivant entre les bribes du passé et l’avenir en constructions.
Simple, sans prétention autre que de regarder des gens vivre leur vie, la fille d bureau de tabac se laisse lire avec attendrissement et compassion pour ces couples pas toujours bien assortis mais qui méritent tout de même le meilleur.