CW : Harceleemnt scolaire, sang

Shokô fait la connaissance de Sui, une fille de son école et découvre que cette dernière peut produire des objets invisibles issus de son imagination. Mais alors que leur amitié se renforce, Sui se met à agir étrangement, et ce qu’elle produit devient de plus en plus inquiétant.
Espace tangible
Tout est intriguant dans ce manga. La couverture immaculée, le résumé, interroge. Le sujet de fond a certes déjà été traité cents fois, la façon dont Kon Kumakura distille son propos laisse entrevoir quelque chose de surprenant.
L’histoire
Shokô est aussi étourdie et joyeuse que Sui est brillante et discrète. Elles auraient pu ne jamais se rencontrer si la première n’avait pas remarqué que la seconde tenait un parapluie invisible. L’enthousiasme de Shoko pour cette découverte compense l’apparente gène de Sui qui ne sait pas trop d’où lui vient cette capacité et tient à la garder secrète, même si elle semble apprécier la compagnie de sa nouvelle amie.
Le pouvoir de Sui obéit à quelques règles simples mais précises : elle doit connaitre les propriétés physiques de l’objet désiré pour le rendre tangible et utilisable même s’il reste invisible, il disparait de lui-même au bout d’un certain temps et l’état d’esprit de la créatrice influe sur sa capacité à imaginer. Ce dernier point est le cœur de l’histoire.
En effet, Sui subit des brimades. Assez pour avoir des envies de violence. Et Shoko ne tarde pas à comprendre que son amie peut très vite très mal tourner si elle ne trouve pas de solution.
Un éléphant dans une pièce blanche
Au début pourtant, rien ne laisse deviner le niveau d’angoisse que procure ce manga. Une atmosphère douce et heureuse règne entre les filles qui acceptent la personnalité de l’autre et s’entraident. Les insinuations, et la compréhension que le pire peut survenir n’importe quand sont amenés progressivement, et la détresse sous-jacente devient tangible, alors même que l’auteur laisse l’impression de rester à la surface des choses.
Le dessin offre un contraste intéressant. Les crayonnés simples, presque brouillons pour représenter les personnages, laissent la place à des planches détaillées dès que le pouvoir ou les sentiments plus vifs se manifestent. Kumakura joue avec notre perception de la gravité de la situation avec peu de mots, et des images qui en disent long, mêmes après avoir refermé le livre.
Pour ce premier tome, Blank Space réinvente la narration du harcèlement scolaire en nous mettant à la fois dans la peau de la victime de plus en plus radicale et de son alliée, observatrice inquiète mais décidée à l’aider. On a juste assez d’éléments pour être accroché et vouloir la suite. Pour le pire, et espère t’on, pour le meilleur.
Sakka 2023
Traduit par Alexandre Fournier
Type : seinen
Genre : drame, fantastique
Public : ado-adulte