Ton visage au clair de lune, Mika Yamanori

Une jeune fille au cheveux noirs et aux yeux violets est enlacée par un jeune homme aux cheveux blancs et aux yeux verts

Avec son allure élancée et son timbre bas, Yoi Takiguchi est le Prince que tous les secondes de son lycée admirent ou jalousent. Sauf que Yoi est une fille et vit mal cette qualification. Par hasard, elle apprend que son école abrite un autre Prince. Et celui-ci s’intéresse de près à elle.

Aucune fille au monde n’est plus belle

Les shojo c’est compliqué. En particulier les romances lycéennes qui ont tendance à se ressembler. Trouver un titre qui sort du lot devient délicat quand on a beaucoup lu de mangas. Et pourtant, le genre continue de se renouveler à son rythme.

D’aussi loin que remontent ses souvenirs, Yoi Takiguchi a toujours reçu le nom de Prince. En cause, son corps svelte, sa voix aux accents graves, et ses manières en ont fait une idole androgyne de la gente féminine et une interrogation pour les garçons. Le fait est que pourtant, presque tout le monde sait qu’elle est une fille, mais la traite comme un garçon classe. Ce ne serait pas si grave si ça ne portait pas atteinte à ses sentiments et son estime de soi.

Kohaku Ichimura, élève de 1ere, la percute un jour par accident… et réalise avec un temps de retard qu’elle est bien une fille. Ce malentendu dissipé, il reste cependant très intéressé par Yoi. Et surtout, il la trouve indéniablement belle, compliment qu’elle n’a jamais reçu auparavant. Lui aussi est un Prince du lycée, beau et courtisé par les filles avec qui il demeure distant. Son apparente aisance financière est le sujet de nombreuses rumeurs.

Entre la frustration résignée de Yoi et la franchise teintée de mystère de Kohaku, le rapprochement est aussi chaotique qu’inévitable. Elle est méfiante et ne s’en laisse pas si aisément compter, mais recevoir des compliments pour ce qu’elle est vraiment la touche. De son côté, Kohaku même s’il joue de son allure de beau gosse, a aussi des airs de voyou, et ne cache rien de ce qu’il pense, même s’il ne dit pas tout sur lui. Ils sont intéressants à observer dans leur complexité.

Un jour mon prince sera

Le trope du personnage populaire n’est pas mon préféré. Des gens qui adulent un ado au point d’agir en groupies parce qu’il est mignon, riche, bon en sport ou en études, c’est bizarre. En revanche, celui du Prince incarné par une femme me fascine car il a des racines solidement ancrées dans l’histoire du Japon notamment grâce au esu, une pratique sociale puis une catégorie de récits qui dépeignaient une relation sororale très étroite entre une lycéenne et une camarade plus âgée. Le but était semble t-il de former la plus jeune à son futur rôle d’épouse durant leur scolarité, mais cela n’empêchait pas d’autres relations de se développer et de vivre des expériences que la vie d’adulte ne permet plus.

Illustration réprésentant Utena Tenjo de Shojo Kakumei Utena, une jeune fille aux longs cheveux roses bouclés, portant une veste noir au style militaire et brandissant une épée
Utena Tenjo (Shojo Kakumei Utena), une parfaite incarnation du prince

L’archétype du prince est une fille charismatique, athlétique, au fait des convenances mais ne s’en souciant que peu, usant des codes de conduite masculins pour mieux protéger sa petite soeur.

De part son allure androgyne, Yoi subit un étrange diktat. Elle est à la fois cette fille « pas comme les autres » et ce garçon dont ses camarades n’ont pas à se méfier. Constamment scrutée, il est attendu d’elle un certain comportement qui contrevient parfois à ses désirs d’être perçue comme une fille.

Sa rencontre avec Ichimura est donc l’occasion pour elle d’explorer ces terrains jusqu’alors inconnus de la féminité et de l’estime de soi. Elle a un certain rejet de le fille mignonne et fragile, mais ne la renie pas totalement non plus, son rapport à la beauté est plus compliqué que superficiel.

De son côté, agacé que les autres garçons n’aient pas perçu le potentiel et la beauté de Yoi, Kohaku veut la courtiser comme la jeune fille qu’il voit en elle. Ce désir sonne un peu égoïste au premier abord et je suis curieuse de voir comment l’autrice va gérer la balance entre les attentes et fantasmes d’un garçon cis hétéro et la réalité que constitue Yoi. D’autant que Kohaku a lui aussi un rapport compliqué avec les filles, dont il semble se méfier.

Ton visage au clair de lune s’annonce être une romance intéressante, porté par un couple aussi maladroit que sincère. Yoi et Kohaku ont énormément à raconter et ont du chemin à faire pour s’accepter tels qu’ils sont et le faire accepter à leur entourage. Et je suis ravie de retourner enfin au shojo avec un si bon titre.


traduit par Manom Debienne
Pika 2022, 6 tomes parus
Type : shojo

Genre : romance
Tout public

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