
CW : évocation du deuil; phobie des couteaux
Papa débordé, Kohei n’a pas vraiment le temps de cuisiner pour sa fille Tsugumi. Un jour, leur route croise celle de la fille d’une restauratrice. Ensemble, ils vont se retrousser les manches pour faire de bons petits plats.
Une tornade de saveurs
Les mangas de bouffe, j’aime ça, je suis rarement déçue avec, en plus d’avoir une dalle de tous les diables après avoir terminé un volume. Si vous rajouter une petite fille mignonne et un parent maladroit, vous m’avez perdue pour la cause.
Depuis le décès de son épouse six mois plus tôt, Kohei Inuzuka s’occupe seul de sa fille Tsugumi, six ans. Concilier son métier de professeur de lycée et l’éducation de cette adorable boule d’énergie pure n’a rien d’évident, et la petite famille se retrouve, faute de temps, à manger des plats cuisinés. Mais le jour où Tsugumi manifeste l’envie de manger quelque chose de très bon, il a un choc et en panique, emmène sa fille dans le restaurant de la mère de Kotori Ida, une des élèves de son lycée qu’il a rencontré plus tôt et qui s’engage à les aider à préparer de la bonne cuisine.
Ce manga est l’un des titres les plus mignons et wholesome que j’ai pu lire ces dernières années. Mais bon, j’étais acquise à sa cause puisque je suis une fan absolue de l’anime sorti chez Crunchyroll durant l’été 2016.
Question de genre, question de gouts
Il faut dire que les prémices sont intéressantes. Kohei doit s’occuper de sa fille, rôle qui est très traditionnellement celui de la femme au Japon, et il est évident qu’il n’a presque aucune base dans ce domaine. Désorganisé dans les corvées, mauvais cuisinier, il doit composer entre son métier et sa fille. C’est malgré tout un père dévoué, mais qui a les lacunes de tous les hommes s’étant appuyés sur le travail domestique de leurs partenaires.
De son côté, Kotori est une jeune fille passionnée par la cuisine, une valeur transmise par sa mère, chef cuisinière aussi douée qu’absente de la vie de sa fille au moment où débute le manga. La lycéenne a des bases, mais aussi un gros problème : elle est phobique des lames de couteaux. Difficile de cuisiner dans ces conditions, c’est pour cela qu’elle a fait cette proposition étonnante aux Inuzuka.
Car la force motrice du manga c’est Tsugumi. Petite fille joyeuse et remuante, elle est la raison de vivre de son père et dispose de deux armes de mignonneries massives : son épaisse chevelure en bataille et la franchise espiègle qu’ont tous les enfants de son âge. Je la trouve remarquablement écrite car elle incarne ce qu’est une vraie relation parent-enfant : de l’amour partagé, mais aussi des caprices, des frictions, des difficultés de compréhension d’un être animé par le chaos et avec qui raisonner peut prendre des chemins tortueux.
A force d’apprentissage de recettes, les liens entre les trois personnages se développent. Dissipons déjà le doute : la relation entre Kohei et Kotori n’ira pas plus loin que celle de prof et élève en plus de s’entraider en cuisine, le mangaka a tout fait pour faire passer le message. Ne cherchez pas la romance, pas entre ces deux-là du moins.
Et pour le reste ? Le manga remplit son rôle et donne faim à chaque page de cuisine : les expressions des personnages sont incroyablement détaillés, ils ont les larmes aux yeux très facilement quand ils goutent ce qu’ils ont préparé de leurs mains et le plat est souvent associé à une expérience de vie, le rendant important pour eux.
Sweetness & Lightning tient ses promesses : un manga à la fois doux et nostalgique comme une recette de famille et piquant grâce à la tornade Tsugumi et aux questions soulevées sur le rôle des hommes et des femmes au sein de la famille japonaise. Je suis curieuse de voir les personnages évoluer et mûrir, et j’ai hâte de baver devant les recettes.
Traduit par Gaëlle Ruel
Noeve Grafx 2022, 13 tomes
Type : Seinen
Genre : tranche de vie, cuisine
Public : ado, adulte
