
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la transition sans jamais osé le demander à une personne trans est là-dedans. Oui, même les détails peu glorieux. Surtout les détails peu glorieux.
Intense Trans
Forcément, en tant que personne cis, une fois que j’ai été mise au courant de l’existence des personnes trans ayant subi une chirurgie, je me suis posé la question, je ne vais pas mentir. Mais je ne l’ai jamais posée à haute voix. Disons que ça me paraissait indiscret et en plus parler de chirurgie me répugne un peu. Donc, ce manga tombait très bien, et je n’ai pas été déçue.
Mangaka mariée depuis douze ans, Mafuyu entame ce qui va être la réalisation de son rêve. Après un parcours semé d’embûches, la voila partie seule en Thaïlande pour subir une chirurgie de réassignation sexuelle (CRS) ou vaginoplastie. Dans cette autobiographie, elle décide donc de raconter tout son parcours, de la descente d’avion à Bangkok à son retour à Tokyo trois semaines plus tard, armée de sa volonté et des précieux conseils de ses amies étant déjà passées sur le billard.
Elle a choisi le plus éminent chirurgien en terme de vaginoplastie, le Dr Suporn et est aidée dans ses démarches par Mr Shingo et son épouse, qui assurent le suivi des soins, la liaison avec la clinique et un peu de compagnie pour ce séjour en solitaire entre hôpital et hôtel. Mafuyu se sent prête. Mais prête ne va pas dire préparée.
Le moins que l’on puisse dire c’est que Mafuyu est… intense. Je ne sais pas si elle a d’autres mangas à son actif mais elle a le nekketsu dans le sang, je suis surprise qu’elle n’arbore pas une coupe en pétard tellement elle me rappelle un personnage de shonen surexcité. Elle en fait même un peu trop parfois. Mais bon, on lui pardonne car aussi didactique que soit son récit, il ne cache rien des réalités de sa vie pré et post-opératoire.
Donc j’ai appris qu’on ne coupait pas le service trois pièces mais qu’on le transformait pour obtenir un vagin fonctionnel (les techniques varient d’un chirurgien à l’autre), que l’opération coûte un rein ou deux (Mafuyu ne donne pas de chiffres précis mais en fonction du pays, cela va de 8.000 à 34.000€ sans compter le reste de la transition) et que les désagréments et douleurs post opératoires ne sont pas à prendre à la légère. Deux mots : dilatation vaginale.
La taille L c’est une arme mortelle, c’est celle des Occidentaux
Mafuyu dilatée
Si je ne me permettrais pas de juger de la vision que Mafuyu a du corps trans idéal (il y a un avertissement à ce sujet au début du livre), je constate que la transition, peu importe jusqu’où on la mène, nécessite une dose de mental conséquente. La dysphorie de genré alliée à la pression de la normalité sont déjà difficiles à gérer pour elle, mais à cela s’ajoute aussi les doutes et un sentiment saisissant de solitude face à son parcours médical, aux imprévus, et à l’avenir encore flou.
Heureusement, notre opérée a reçu et reçoit encore du soutien par son épouse, ses ami.es mangaka, mais aussi d’autres femmes trans venues pour la même chose dans cet hôtel. Malgré la barrière de la langue, la solidarité joue à plein régime pour passer cette épreuve.
Ototo a fait un remarquable travail éditorial sur ce titre, se dotant d’un·e sensitive reader et donnant nombre de détails et d’explication pour un public non initié. J’ai apprécié qu’il y ait une petite bibliographie à la fin pour qui souhaite approfondir le sujet.
Même si le doute l’a assaillie, Mafuyu ne regrette rien et est rentrée plus heureuse que jamais. Je ne suis pas née dans le bon corps est un témoignage drôle, honnête et réaliste de sa condition de femme trans pour qui est curieux de comprendre cette étape. Je souhaite tout le bonheur du monde à la mangaka la plus on fire que je connaisse et à toutes les personnes trans !
Le saviez-vous ?
Vu que c’est une autobiographie, le docteur Suporn Watanyusakul existe vraiment et a sa propre page Wikipedia en tant que chef de fil de la chirurgie reconstructrice. L’entreprise qui fait le lien entre les patientes et la clinique du médecin existe également, ses services sont évidemment facturés.
Le tourisme médical représente plus de 3 millions de patients en 2019, ce qui fait de la Thaïlande le pays leader en la matière grâce à un système de santé efficace et des soins peu coûteux (Source Thailand Board of Investigation).
Traduit par Sylvain Giraud
Sensitive reading par Moineau
Ototo 2021
One shot
Type :seinen
Genre : société, tranche de vie
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