Sakamoto Days, Yûto Suzuki

Couverture de Sakamoto Days, avec Mr Sakamoto, un homme gros aux cheveux blancs attachés en catogan et portant une petite moustache, tenant une arme à feu dans la main gauche et un cup ramen dans la droite, derrière lui, Shin, un jeune homme blond, bondissant en pointant son arme à feu. Derrière eux, on devine les étalages de la supérette.

CW/TW : sang, corps découpés. Mention de grossophobie.

Tarô Sakamoto a raccroché. Le légendaire assassin est tombé amoureux et s’est rangé, vivant une vie paisible de gérant de supérette avec femme et enfant. Les années l’ont empâté d’ailleurs. Pourtant, quand Shin, un jeune assassin mandaté pour le tuer se présente, le passé du tueur se rappelle à son souvenir.

La grosse légende

Le manga, c’est comme tout, c’est sensible à la mode, et la tendance du moment, c’est le yakuza. Il est badass, vit du côté obscur de la société, toujours habillé en costard, exhale le danger par tous les pores de sa peau, et pourtant derrière cette carapace de dur se cache un cœur tendre… parfois.

Un homme gros est allongé sur le sol, devant un livre alors qu’une petite fille lui grimpe dessus en rigolant sous l’œil attendri de son épouse assise dans le fond. Une bulle indique en anglais « out of Shape » soit «  pas en forme » alors que son t-shirt porte l’inscription slim, qui veut dire mince.
Me Sakamoto en famille (Source : Manga Plus, chapitre 1)

Prenons Mr Sakamoto par exemple. Un homme gros et taciturne qui gère un konbini avec sa femme Aoi tout en veillant sur sa fille, Hana, âgée de 5 ans. Qui croirait que cet individu à l’allure débonnaire, toujours en tablier de travail a été le meilleur tueur à gages de tout le Japon ? Retiré des affaires, il n’aspire qu’à la tranquillité.

Oui mais voila, on ne quitte pas la Japan Assassination Association comme ça. Puisqu’il est considéré comme un traitre, il doit y être ramené, les pieds devant s’il le faut. C’est le travail de Shin, un jeune assassin télépathe… qui va lamentables échouer. Parce que même si Sakamoto est en surpoids et à la retraite, il reste fort. Très très fort.

Après Kaiju 8, me voilà donc en face d’une nouvelle pépite du Jump. D’ailleurs les deux titres ont des similitudes intéressantes. Un personnage adulte déjà rodé à la vie, rejoint par un autre plus jeune, et qui fonctionnent comme un duo comique. La différence c’est que Sakamoto est très satisfait de sa vie civile et que c’est Shin qui réveille son passé.

L’action et l’humour vont étroitement de paire et c’est un bonheur à lire. Les blagues et les situations drôles ne s’arrêtent jamais et donnent lieux à des répliques inattendues donnés aux moments les plus improbables. Couplées à des scènes d’action dénuées de limites réalistes et dont on savoure chaque page comme on serait installé devant un film d’action survitaminé, on se laisse emporter par le rythme rapide de la narration.

Si tout ça fonctionne, c’est grâce au dessin ultra dynamique de Suzuki-sensei. Dès que les personnes bougent, frappent ou encaissent, on en sent l’impact et la puissance grâce à des lignes de vitesses omniprésentes. Je pense que si l’auteur a travaillé sur tablette, il n’a pas non plus rechigne à sortir feuilles et stylos pour certaines scènes. Il a d’ailleurs une affection particulières pour les pages entières et les doubles pages pour dérouler tout son talent.

Armée d'une épée, Sakamoto attaque trous hommes et découpe une arme à feu. Sur la case suivant, le principal adversaire s'écrit "Sakamoto, espèce de..." et dans la case en dessous, Shin, choqué, regarde Sakamoto en pensant "incroyable... c'est..."
Sakamoto dans ses œuvres.. et encore ce n’est que le chapitre 1, plus on avance, plus ça s’améliore (Source : Manga plus)

Du côté de l’histoire, on est sur un déroulé classique d’un gars qui n’a rien demandé et qu’on vient embêter. John Wick apprécierait. Le récit s’étoffe grâce à une galerie de personnages hauts en couleurs et la découverte d’un monde où assassiner revient à aller chercher le pain. La JAA a des bureaux et les habitants semblent totalement habitués à voir des tueurs exécuter leurs sales besognes. La violence est présente partout, ça taille dans le gras et le sang gicle donc prenez des précautions pour le jeune public ou si vous êtes sensibles.

Et pourtant, malgré la mort qui rôde, ce titre donne le sourire. Est-ce le manque d’expression et l’attitude décalée de Sakamoto alors que tout est si vivant autour de lui ? La subtile combinaison action/humour ? Les références intégrées avec soin ? Mme Sakamoto qui bien qu’elle reste un personnage secondaire est sans doute la personne qu’il faut le moins contrarier sous peine de le regretter toute votre vie ?

Un aspect qui pourrait agacer les plus replets d’entre vous : il est constamment fait référence au poids et à l’état de forme de Taro. Ça n’a pas d’incidence quand c’est la narration qui le mentionne, ça devient vite agaçant quand le énième homme de main découvre le physique du héros et le qualifie de gros porc. Impossible d’oublier la grossophobie du pays du soleil levant. Cependant, même si une situation particulière pourrait surprendre et tendre certain d’entre vous, sachez que cela s’améliore par la suite. Et puis c’est toujours fun de voir la tête choquée des adversaires quand ils voient Sakamoto bouger. C’est souvent la dernière chose qu’ils voient.

Déjanté comme un film d’action des années 80, drôle et improbable, Sakamoto Days réunit tous les ingrédients pour un bon moment grâce à un dessin superbe et qui ne fait que s’embellir et un savant mélange entre la baston et la comédie. Il y aura toujours quelque chose dans un chapitre qui ne vous laissera pas indifférent, alors rejoignez la Sakamoto family.


Traduction FR : Karine Rupp-Stanko
Traduction EN : Camelia Niem
Lettrage : Eve Grandit

Glénat (shonen) 2022
Manga Plus 2020
16 tomes en cours

Type : shonen
Genre ; action, comédie
Public : ados-adulte

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