
TW/CW : tentative de suicide, maladie, abus psychologiques sur mineur, PTSD, mort
Jusqu’à sa mort, il a filmé les derniers instants de sa mère. Maintenant qu’elle n’est plus, il compte se suicider. Mais sur le toit de l’hôpital, Yuta rencontre Eri.
Toute l’histoire de sa vie
Je n’ai encore rien lu de Tatsuki Fujimoto. L’intime Look Back ne devrait pas tarder et son actuel hit, Chainsaw Man, m’effraie un peu a cause de son aspect horrifique. Et pourtant, à la fin de Goodbye Eri, je ne voulais qu’une chose : lire tout ce qu’il a écrit. Je ne suis pas du genre à crier au génie, mais il n’empêche… ce récit était génial. Et bouleversant.
Suivant les dernières volontés de sa mère atteinte d’une maladie incurable, Yuta l’a filmée quasiment jusqu’à la dernière minute. Mais le film qu’il en a tiré a été froidement reçu au festival de son lycée et il préfère se suicider plutôt que de subir ce revers. Sur le toit de l’hôpital d’où il compte se jeter, une fille, Eri, également dans son école, l’arrête et l’entraine dans un bâtiment abandonné. Ce qu’elle veut ? Un film de sa vie à elle, réalisé par lui.
Alors que Yuta est un ado frustré et paumé tant dans sa vie personnelle que dans sa fibre créatrice, Eri a une aura de mystère et sera son seul soutien, lui permettant de remettre les choses en perspective. Une amitié unique se met en place. Ils se parlent peu et uniquement de cinéma. On les sent comme dans un cocon, Yuta, le smartphone et Eri, rien ne semblant pouvoir déranger leur voyage dans le 7e art.
Ce que j’aime avec les récits courts (celui-ci fait 200 pages), c’est qu’elles concentrent tout le savoir-faire d’un·e auteurice. Des interviews et des podcasts sur Fujimoto, je connaissais son attrait marqué pour le cinéma et une puissance narrative surprenante et je n’ai pas été déçue. Ça va au point que les fans le supplient de tourner un film tant ce qu’il raconte et dessine est cinématographique.
Peak cinema
En effet, chaque case ou presque est une image prise à l’horizontale par un téléphone. Quatre cases par page, qui développent plan par plan un propos intime sur la création, les traumas et les espoirs liés à la conception d’une œuvre et l’impact de sa réception par le public, mais aussi sur lae créateurice.

J’avais l’impression de lire un storyboard. Parfois l’image est fixe comme sur un celluloïd, parfois l’action va vite et est toute floue, portée par une caméra à l’épaule ou à la main en l’occurrence, rappelant sans cesse le contexte et l’enjeu de l’histoire. Il ne manquait que le popcorn, et encore, je ne suis pas certaine que je l’aurai fini tant les répliques sont puissantes. Je pense que j’ai passé pas mal de temps la bouche ouverte.
Parce que j’ai découvert l’autre pouvoir de Fujimoto, celui qui me fait dire que l’ensemble de son œuvre doit valoir le détour : son talent pour la manipulation et le rebondissement. C’est tellement choquant qu’on est obligé de relire pour comprendre ce qui nous a échappé avant d’en arrivé là. Quand on est bonne pâte comme moi et qu’on fait confiance au narrateur, l’effet de remise en question est puissant.
Comme pour le film de Yuta, je ne sais plus vraiment où est la limite entre la fiction teintée de fantastique et la réalité, la réflexion de Fujimoto sur l’aspect libérateur et destructeur de la création. Goodbye, Eri est un récit poignant, qui oblige souvent à se poser pour digérer les informations alors qu’on est tout de même devant un film dessiné dont on ne veut pourtant pas arrêter le visionnage. Il faut être dans l’humeur adéquate pour le lire mais il vaut définitivement la peine d’avoir le cœur brisé.
Traduction : Amanda Haley
Lettrage : Snir Aharon
Disponible sur Manga Plus English jusqu’au 1er mai 2022
One shot
Type : shonen
Genre : drame
Public : ado
[…] 41 – Goodbye, Eri […]