Ragnagna et moi jour 1

manga de Ken Koyama

traduit par Sophie Piauger

Ki oon (seinen) 2021
Terminée en 4 tomes au Japon
216 p., 15 €

On ne l’aime pas beaucoup, elle nous fatigue et nous fait mal au ventre, et elle revient tous les mois sans faillir. Pourtant quand elle s’absente trop longtemps, on s’inquiète… Ragnagna est une professionnelle qui accompagne les femmes depuis toujours.

Parle à mes règles

C’est avec une agréable surprise que j’ai vu ce titre apparaitre un beau jour chez un éditeur que je n’attendais clairement pas sur ce terrain, Ki-oon. A l’êre #metoo et devant le manque de documentation fiable sur le sujet, ce manga est plus que bienvenu.

Toutes les personnes ou presque dotées d’un utérus connaissent Ragnagna. Telle Chuck Norris équipé d’une montre suisse, elle débarque tous les mois à la même heure en passant par la porte (ou le toit) pour te bourrer de coups de poings dans le ventre, prendre sa dîme en sang et après t’avoir tenu compagnie quelques temps, repart avec la satisfaction du devoir accompli. Et ce n’est jamais le bon moment !

Très jeunes ou déjà installées dans la vie, Ragnagna accompagne les femmes, supportant leur détestation car au fond c’est aussi une alliée : on s’inquiète quand elle est en retard et on se surveille et essaie de prendre un peu plus soin de soi. De toute façon, vous la fatigue qu’elle nous impose, on n’a pas trop le choix.

– La journée a déjà été assez difficile comme ça, vas-y mollo sur les coups de poings d’accord ?

– Pas question !

– Saleté !

Momo et Ragnagna

Car Ragnagna… est vivante. Non, pas comme le monstre de Frankenstein, simplement elle est incarnée sous la forme d’un utérus rose portant un pantalon rouge vif. Enfin elle a plus une dégaine de cœur. Et tout le monde ou presque peu la voir à partir du moment où l’on indique où détecte sa présence. Et quand je dis tout le monde, ça induit les hommes.

Et ces messieurs ont beaucoup à apprendre d’elle. Elle n’a aucune pitié envers eux dès qu’ils se montrent irritants avec leurs compagne durant leurs règles, remplissant à coups de tatane s’il le faut son rôle d’alliée. Les inclure dans le récit est cependant un bon point, levant un tabou et les empêchant de se désolidariser de ces « histoires de bonne femmes ». On ne peut pas faire plus féministe que leur apprendre qu’elles protections acheter et comment nettoyer les taches de sang.

Sauf sur un point, LE point noir du manga. L’auteurice (on ne connaît pas son genre à priori) passe deux chapitres à comparer les inconvénients des règles avec la libido en furie de ces messieurs. Sans nier la gêne que peut constituer un appareil reproducteur débordant d’énergie, notamment chez les plus jeunes, comparer l’érection matinale et l’envie de se masturber à des douleurs pouvant dans certains cas mener à l’évanouissement me paraît hautement maladroit.

Je regrette aussi l’omniprésence des femmes cis. Mais peut-être que l’auteurice en parlera plus tard ?

Enfin, je pardonne car on a malgré tout de très bons moments. Chaque chapitre met en scène une situation différente et donne des conseils : comment se soutenir entre amies sans silencier le ressenti de l’autre, comment une adulte peut transmettre les bons gestes à une ado apeurée par ses premières règles, comment ne pas prendre soin de soi peut avoir de graves conséquences….

Et parce que j’adore ces moments d’histoire, on en apprend plus sur la façon dont les femmes géraient leurs règles dans le Japon d’Edo (spoiler, c’était pas ouf), et comment une femme ingénieuse et un homme visionnaire ont révolutionné le marché des protections périodiques. La vision est peut-être romantisme mais l’histoire d’Anne est totalement vraie.

Ne vous laissez pas rebuter par son graphisme, Ragnagna et moi est un must-read. Malgré ses défauts, c’est un titre aussi amusant que nécessaire pour lever le voile et comprendre tout l’aspect physiologique des règles. Ragnagna est drôle, l’amie parfois trop sincère qu’on aimerait quand même avoir. Si seulement elle débarquait sans faire trop de boucan 😭.

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