Les Sorcières de l’Orient

Affiche du film, le titre est écrit en bleu et rouge, les joueuses sont incrustées dessus dans différentes positions. Au milieu, Kozue, personnages principal du mangas Attack n°1 s'apprête à smasher

film documentaire de Julien Faraut

UFO PRODUCTIONS
Date de sortie : 28 juillet 2021
1h41

En 1964, l’équipe féminine japonaise de volley-ball remporte l’or aux Jeux olympiques de Tokyo. Derrière cette victoire se cachet un groupe soudé de femmes travaillant à l’usine et s’entrainant dur. Aujourd’hui septuagénaires, elles racontent leur histoire.

Kozue, Jeanne, Théo et les autres

Etant petite, je regardais Jeanne et Serge, comme beaucoup d’enfants de mon âge et comme le réalisateur de ce film, ainsi que je le découvrirais plus tard. Ce n’était pas mon anime préféré, je n’aimais pas particulièrement Jeanne, mais bon, je prenais ce qu’il y avait et les matchs étaient tout de même prenants. Mais ma détestation venait surtout d’un autre personnage : Mr Daimon, l’entraineur du premier club de volley que Jeanne a intégré, un homme violent et impitoyable que j’avais envie de boxer du haut de mes 8 ans parce qu’il faisait du mal aux filles.

This guy…ARGH ! (source Dessins animés.com)

Alors pourquoi ai-je remué ciel et terre pour aller voir Les Sorcières de l’Orient un lundi matin dans une obscure salle du nord de Paris ?

Parce que le podcast La 5e de couv’ en a parlé dans son épisode consacré à définir ce qu’est un manga nekketsu (S7E01). Et que le parcours unique des volleyeuses japonaises en est l’une des principales sources. La définition la plus simple qu’on pourrait faire du nekketsu est « de se livrer à une activité, un but avec passion et d’y consacrer toutes ses forces quitte à faire des sacrifices ».

Ce film c’est d’abord l’histoire racontée par la capitaine et les titulaires encore en vie de cette époque. Ce sont aujourd’hui de respectables mamies qui se réunissent de temps en temps pour manger dans le salon privé d’un hôtel et évoquer les souvenirs. Elles se sont toutes donnés des surnoms, et parlent de leurs journées dédiées au travail. Leur emploi du temps peut se découper ainsi : lever à 6 h, travail à l’usine jusqu’à 15h-16h; puis entrainement au volley jusqu’à minuit. Et rebelote le lendemain. Elles avaient entre 18 et 21 ans et ne s’arrêtaient que pour les fêtes du nouvel an.

De cette conversation, on sent la joie, l’accomplissement, l’humilité, mais aussi la difficulté. Menés par Hirobumi Daimatsu alias « le Démon », dire que les entraînements étaient intenses relève de l’euphémisme. Ainsi; dans la seconde partie du film; sans répit, il pousse les joueuses jusqu’à l’épuisement, leur faisant répéter les gestes, la réception notamment, encore et encore. Les filles se soumettaient volontiers à ce sacerdoce car il était dans la mentalité de l’époque de tout sacrifier pour l’effort. Elles racontent aussi la pression à l’approche des Jeux et le choc des Occidentaux devant ces méthodes jugées extrêmes.

Le volley ne justifie pas de traitement particulier

Coach Daimatsu

La troisième partie du film montre que les efforts ont payé, l’équipe acquiert son surnom des Sorcières de l’Orient car elle est invaincue pendant plus de 200 matchs et met au pas toute l’Europe, battant les Russes à la finale des jeux de Tokyo, ce qui en passant permet d’éclipser la défaite humiliante d’un judoka japonais face à un hollandais. Le match, qui sert de conclusion au documentaire, est intense et plein de suspense. Il est surtout entrecoupé de passages de l’anime Attack N°1 connu en France sous le nom les Attaquantes. On constate que la série, exception faite de mouvements farfelus, reprend plan pour plan cette finale d’anthologie. Daimatsu et son alter ego d’anime font également de régulières apparitions lors des entrainements.

L'affiche montre Kozue au centre en train de smasher, en bas à droite, l'une de ses rivales à la réception. En bas à gauche, son petit ami, au dessus, son entraineur, et derrière eux, la flamme olympique
Affiche de l’anime Attack N°1/les Attaquantes

Cette mise en relation souligne l’effet que cette victoire a eu sur la pop culture. Le manga de sport s’est paré d’une ribambelle de titres prônant l’effort, le sacrifice de soi, Attack n°1 sera rejoint par Hajime no Ippo, Captain Tsubasa, Touch et tant d’autres, Attacker You/Jeanne et Serge étant son héritier direct…. Pour le shojo, si les changements se sont faits plus lentement, ils sont indéniables, sortant le genre de ses codes romantiques pour une approche plus réaliste et contemporaines des relations à soi et aux autres. La libération des corps et le féminisme sont à l’œuvre. Le sentiment qu’il est possible de s’épanouir autrement que dans l’amour, le mariage, et qu’il est possible de parler de sujets contemporains touchant les jeunes filles leur parle

Même si je n’étais pas fan de tous les choix du réalisateur, notamment la musique et certains passages un peu épileptiques, j’ai adoré ce film. Savoir ce que ces femmes étaient devenues, connaître leur ressenti après toutes ces années, mais aussi comprendre combien l’un de mes médias préférés leur doit a été une chouette expérience à vivre. Il m’a même poussé à me poser une question sur la place de l’entraineur dans les oeuvres actuelles.

L’engouement pour les mangas de sport a connu des hauts et des bas, mais reste présent. Les Sorcières de l’Orient leur ont donné naissance.

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