Beauty and the Beast of Paradise lost

Au premier plan, une jeune fille aux cheveux lavande recouvert d'une capuche rouge. Elle porte une robe de paysanne, un panier et tient des ciseaux à la main. Derrière elle, on distique le profil d'un monstre et une forêt

Manga de Kaori Yuki

traduit (anglais) par Rose Padgett

Kodansha comic 2021
3 tomes, en cours
192 p, 12.99US$
A partir de 13 ans

TW : abus psychologique et verbal, sang, mort
CM : victim blaming, PTSD

Service presse NetGalley

Depuis la disparition de sa mère enlevée par la Bête, Belle, enfant autrefois insouciante vit recluse chez elle sous l’étroite surveillance de son père. Mais elle n’a pas oublié et se pose des questions. Bravant le danger et l’interdit, elle s’aventure dans le bois où sa vie a changé.

Désespoir éternel

Mon appréciation des contes détournés a encore frappé et savoir que Kaori Yuki, maîtresse du manga gothique, a jeté son dévolu sur l’une des histoires les plus emblématique de ce répertoire n’a fait qu’attiser ma curiosité. Je n’ai pas été déçue.

Vous savez comment ça se passe dans un conte, il suffit de crier au loup pour qu’il débarque et vous mange, et tout le monde dira « je t’avais prévenu ». C’est exactement ce qui arrive à Belle, fillette aux étranges cheveux lavande, bagarreuse et grande gueule, qui parce qu’elle voulait une rose rouge du bois interdit pour paraître plus jolie et ne croyait pas à la vieille légende, a vu sa mère se faire enlever par la Bête dont chacun sait qu’il ne traque que les plus belles femmes.

Au traumatisme de la perte s’ajoute l’abus psychologique, quand son père fou de chagrin décide d’enferme sa propre fille pour la « protéger » du monde. Durant des années, il prend soin d’elle, exploite son travail et lui rappelle jour après jour sa laideur et le crime qu’elle a commis. Belle finit par fuir et croise de nouveau la Bête qui, surpris par son attitude bravache, l’enlève.

Et la Bête est comme toutes les Bêtes. Maudite, aigrie, malveillante. Dans son palais, Belle n’est pas en sécurité, d’autant qu’il est loin d’être vide, ni très normal. Et qu’il y a plus d’un secret mortel qui réside en son sein.

Es-tu belle ?

La Bête

C’est un tome 1 plutôt prometteur, avec ses qualités et ses défauts. La mise en place des enjeux est intéressante, avec des personnages intrigants et pour la plupart dangereux, des éléments horrifiques et la question du rapport au père et au passé. Il y a déjà beaucoup de mystères à élucider et on comprend que la malédiction de la Bête pose un problème plus large que le fait d’avoir perdu son apparence première. La position des deux protagonistes est également intéressante : alors que la Bête traque ce qui l’aidera à lever la malédiction, Belle est en attente et prisonnière, ce qui contraste avec le conte de Mme Le Prince.

Si vous n’avez pas lu la présentation du manga plus haut (bande de vilains), j’insiste pour que vous le fassiez. Les TW sont très présents, surtout les abus verbaux dont Belle est victime. Au-delà de l’esthétique, l’aspect horrifique du manga vient sans doute de comment Belle va devoir se remettre de ses traumas et en expérimenter de nouveaux pour avancer.

Belle et la Bête, aussi intéressants soient-ils dans leur développement et leur rapport l’un à l’autre ont un défaut : ils sont lents à la détente. Belle est d’une naïveté confondante et ne sait pas lire le sous-texte malgré un syndrome post-traumatique au max et une vie constamment menacée. La Bête pratique le gaslighting à outrance, blâmant sa nouvelle captive de ne pas s’être libérée plus tôt de l’emprise de son père, alors qu’il est lui-même incapable de lever sa malédiction, pourrit la vie de ses serviteurs et est d’une arrogance sans limites. Embarqués dans le même bateau, ils ne font pas vraiment d’efforts pour se comprendre, ce qui impacte le rythme de l’histoire.

Pourtant l’action et l’humour sont présents, notamment grâce à Belle dont les décisions parfois radicales prennent n’importe qui au dépourvu (la scène du poison est priceless). Kaori Yuki rend également hommage aux origines françaises du conte en y insérant du vocabulaire de la langue de Molière et c’est assez drôle de lire « Monsieur Bète ».

Beauty and the Beast of Paradise lost offre des prémices suffisamment prometteurs pour vouloir lire la suite malgré des défauts de rythme. Il n’est pas difficile de comprendre que la vie malheureuse de Belle ne va pas aller en s’améliorant de sitôt, vu qu’elle a intégré le monde des fées et de la magie, qui comme chacun sait est aussi beau que cruel. Je gage qu’il fera bientôt son arrivée dans nos contrées.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.