
Manga de Osamu Nishi
Traduction : Yohan Leclerc
Nobi Nobi (shonen) 2020
23 tomes, en cours
192 p., 7.20€
Genre : fantastique, comédie
A partir de 8 ans
A 14 ans, Iruma Suzuki est devenu le petit-fils d’un démon après avoir été vendu par ses parents pour de l’argent. Le voila propulsé à Babyls, l’école démoniaque, où il va devoir survivre tout en cachant son identité humaine.
Le syndrome de l’imposteur démoniaque
Je n’ai pas lu de shonen d’action-aventure depuis des années. En cause : disons une certaine saturation et redondance dans les scénarios. Des gars qui se tapent dessus en hurlant qu’ils veulent devenir le meilleur hokage-pirate-mage, j’ai un peu fait le tour… Puis Nobi Nobi a mis la main sur ce titre, et ça a été suffisant pour m’intriguer, parce que ce n’est pas là que j’attendais cet éditeur.
De son propre aveu, Iruma est une bonne poire, bien naïve qui se laisse exploiter et porter par les événements. Mais difficile de lui en vouloir quand il a été élevé éduqué à l’arrache par les pires parents qui soient, qui ont été jusqu’à conclure un pacte avec un démon pour le vendre ! L’adolescent se retrouve aux prises avec un grand-père aussi satanique que gaga de sa nouvelle acquisition et qui ne lui laisse pas le temps de souffler, en décidant de l’envoyer à l’école, et pas n’importe laquelle ! Babyls, l’académie pour jeunes démons dont il est le proviseur. Sa mission (et il va l’accepter parce qu’il ne sait pas dire non) : survivre en tant qu’humain ou finir en déjeuner pour créature cornue.
Comment on s’en sort vivant ? Par le pouvoir du rire et de l’absurde bien sûr ! Iruma navigue totalement à vue et ne doit sa survie qu’à son instinct de la fuite et les énormes quiproquos et situations rocambolesques que le choc des cultures humaines et démoniaques provoque. Les contradictions que son statut de chouchou du proviseur et de démon faiblard soulèvent chez ses camarades sont l’occasion d’une bonne rigolade pour les lecteurices. La mangaka ne manque pas une occasion d’insérer une ligne de dialogue rigolote ou une situation totalement barrée et à détourner des pratiques humaines chez les démons : la partie de boulet meurtrier ou plutôt de balle au prisonnier du tome 2 était tout simplement épique.
Tous les personnages sont over the top. Alice « Az » Asmodeus est aussi poseur qu’exagérément loyal, Clara Valac est une boule d’énergie chaotique (protégez-la à tout prix, la scène du distributeur m’a fait recracher mon gouter !), le professeur Calego, alter ego du Rogue de Harry Potter en puissance, le genre élitiste à qui on a envie de botter les fesses et dont on rigole des mésaventures et bien entendu le proviseur Sullivan, fantasque et tout le temps à l’ouest. Viendrons s’ajouter d’autres élèves tout aussi attachants et déroutés par la gentillesse et la sincérité d’Iruma.
Et j’adore l’évolution d’Iruma, un garçon qui part de quasi rien dans la vie, à part son passif familiale et son éducation à la dure, il n’a rien à lui. C’est une page blanche, sans estime de soi ni ambition, que je vais prendre plaisir à regarder se créer sa voie et vivre pour lui-même autant que pour les autres. Un anti nekketsu en quelque sorte : il n’est pas fort en muscle et s’il crie c’est de peur ou de surprise plus que pour affirmer sa puissance.
Je suis aussi très fan du dessin d’Osamu Nishi, qui a un côté cartoon, notamment dans le design d’Iruma et ses grands yeux tombants, On sent qu’elle aime dessiner les situations comiques et les gags. Et qu’elle s’améliore grandement quand il s’agit de montrer des situations plus tendues et de donner à son casting des poses cools propres au shonen. Et y’a pas de fan service du coté des personnages féminins ! Elle est pas belle la vie ?
Nobi Nobi m’a surprise avec l’acquisition de ce titre. L’éditeur a une ligne éditoriale clairement plus enfantine, concrètement, c’est chez eux que vous irez si on vous demande des mangas pour des très jeunes lecteurices. Pourtant, même s’il s’adresse a un public un peu plus âgé, Iruma respecte la volonté de la collection de ne pas montrer de violence ou de sexualisation à outrance, deux tropes récurrents du shonen d’action. Et ça fonctionne merveilleusement bien.
Iruma à l’école des démons est une comédie scolaire rafraichissante, drôle et optimiste, qui mérite amplement son succès. Il est une excellente entrée dans le manga shonen pour les parents un peu effrayés par la violence qui est souvent synonyme de ce genre, porté par un humour qui fait mouche et un ensemble de personnages hilarants.
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