
Light novel de Inori
Illustré par Hanagata
Seven Seas
Langue : anglais
210 p, 8.76€ (epub)
Genre : fantastique, comédie romantique
Rei Oohashi, employée de bureau sans histoire, est réincarnée dans la peau de la protagoniste de son jeu de drague préféré, Revolution. Mais au lieu de tenter de séduire l\’un des protagonistes masculins, c’est Claire François, la méchante du jeu, qu’elle poursuit de ses assiduités.
Make my revolution
Ce titre m’a été recommandé par le site américain Okazu, axé sur le yuri, les histoires mettant en scène des héroïnes lesbiennes. C’est une source absolument géniale que je recommande pour celleux qui souhaitent de nouvelles lectures Girl love en anglais mais aussi pour en apprendre plus sur ce genre du manga.
Sous-genre de la fantasy, l’isekai (« autre monde » en japonais) n’a jamais aussi bien fonctionné que depuis la sortie de titres comme Sword Art Online ou Log Horizon. Mais il met surtout en scène des personnages masculins surpuissants voir totalement cheatés.. Vision d’Escaflowne, Fushigi Yugi et Magic Knight Rayearth datent des années 90, et depuis trop peu de filles sont allées voir ce qui se passe dans les univers parallèles. Et jamais du côté lesbien de la force.
C’est désormais arrangé avec I’m in love with the villainess qui voit Rei Oohashi intégrer l’académie de magie d’un royaume de fantasy rappelant la France du 18e siècle, sous le nom de Rae Taylor, une fille du peuple. Comment en est-elle arrivée là ? Mystère, même le mythique Truck-kun, responsable de beaucoup de voyages dimensionnels par écrasage de piétons, ne semble pas impliqué.

Source : know yout meme
Grâce à ses heures passées sur Revolution, l’héroïne connait tous les secrets et mécaniques du jeu, tant pour la magie que pour son principal attrait : séduire les trois princes. Mais seule Claire François, la fille du ministre des finances l’intéresse. Problème, Claire est normalement la méchante du jeu, rivale hautaine de Rae en amour comme en études et sa harceleuse en raison de ses origines modestes.
Qu’à cela ne tienne, Rae va se montrer très – TRES – insistante sur l’amour qu’elle porte à Claire. Ses déclarations enflammées et ses manœuvres pour se rapprocher de la noble pourrie gâtée deviennent un running gag pour celles et ceux qui y assistent et n’y voient qu’une plaisanterie un peu gênante en fonction du moment. Car passée la surprise de voir une femme se déclarer aussi ouvertement à une autre, l’entourage de Claire et Rae, même constitué de nobles plutôt conservateurs, s’en accommode fort bien. Il y a même une franche discussion sur l’orientation sexuelle de Rae, qui peut s’en expliquer sans crainte d\’un jugement extrême ou de l’homophobie que l’on attribue d’ordinaire à ce milieu.
J’ai eu du mal avec Rae. Homme ou femme, je n’aime pas les personnages forceurs et l’héroïne ne tient aucun compte des refus de Claire, même s’ils sont motivés par ses préjugés à l’égard des gens du commun et son éducation élitiste. A part taquiner Claire, rien n’intéresse Rae au point qu’elle peut se montrer insolente et oublieuse de son entourage et de son rang, et doit être rappelée à l\’ordre par sa camarade de chambre, Misha, une jeune fille adorable et posée qui semble avoir été éprouvée par la vie.
Ce qui cimente la lecture c’est le monde que l’autrice crée. Sur le papier, Revolution est un jeu complet, avec ses intrigues et son système de magie et d’events, parsemés de ces petits moments de vie typiques d’une rom-com scolaire nipponne. Mais une fois que Rae doit vivre avec eux, l’aspect unidimensionnel et cliché des événements et des personnages qu\’elle côtoie s’efface. Chacun assume son rang, les responsabilités et insécurités qui y sont liées, étoffant le scénario de base.
Croyez bien que le jeu ne s’appelle pas Revolution pour rien. L\’académie de magie, basée sur un principe de méritocratie, rassemble autant la noblesse que le tiers-état, avec tout ce que cela peut impliquer de tensions et de lutte des classes. Chaque personnage ou groupe va voir ses certitudes ébranlées, souvent au contact de Rae, qui, tout à sa dévotion à Claire, cherche à rester apolitique, hors du scénario pourtant écrit pour elle, dans un univers qui lui imposera de choisir son camp et lui rappellera qu’au contraire, tout choix de vie est politique. Elle n’est plus à la manette, mais dans la « vraie » vie.
Par petites touches bien placées, l’autrice fait passer un message pro-LGBTQIA+ et féministe puissant. I’m in love with the villainess est une excellente entrée dans le monde du light novel, avec une histoire plus subtile qu’il n’y parait. J’espère que le livre ou les mangas seront licenciés un jour en France.