
Les œuvres prenant place lors de la pandémie de 2020 arrivent tout doucement dans nos contrées, portées par des auteurices désirant explorer ce cadre unique, avec plus ou moins de subtilité. Cette fois c’est Haruka Mitsui (I fell in love after school) qui s’y met.
Résumé : Mizuho ne passe pas une bonne journée d’anniversaire. Alors que les épreuves du club de natation qu’elle manage sont annulées les unes après les autres à cause de la pandémie, le garçon qu’elle aime la repousse. Heureusement, elle peut compter sur ses quatre amis d’enfance pour lui remonter le moral. Enfin ça c’était avant que Kisuki, le plus jeune du groupe, ne lui fasse une déclaration enfiévrée, alors qu’elle ne ressent pas d’attirance pour lui.
L’amour au temps du COVID-19
Je ne sais pas encore quoi penser de ce titre. Les protagonistes principaux, Mizuho et Kisuki, peuvent se montrer irritants. Elle parce qu’elle n’ose pas sortir de sa zone de confort et du statu quo confortable que lui offre sa relation avec ses amis, par ailleurs objets de convoitise de toutes les filles alentours. Lui parce qu’il force littéralement ses sentiment sur sa meilleure amie vulnérable à ce moment là (elle a le coeur brisé), et n’a aucune retenue quant à afficher sa possessivité.
Non, je n’aime pas les forceurs, et Kisuki en est un gros. Les autres garçons ne semblent pas décidés à intervenir, mais la série est à son dixième tome au Japon, donc je doute que l’immobilisme soit de mise longtemps de leur côté.
Ce que l’on tient pour acquis
J’étais donc prête à mettre ce manga de côté, quand j’ai réfléchi au contexte qui pourrait, sur la longueur, le rendre intéressant : la pandémie.
La vie japonaise, aussi bien scolaire que privée, est rythmée d’événements sociaux. Ce que nous Occidentaux voyons au mieux comme des moments propices à créer la comédie ou le drame fait partie intégrante du calendrier. Le collectif est d’une grande importance et lorsque l’on intègre un groupe, on lui donne son énergie et son temps. Que ce soit être en club ou assister à la fête de la culture, ce sont des marqueurs d’une vie ou du quotidien ensemble.
Lorsque les compétitions de natation sont annulées, on sent plus qu’une déception chez ces lycéens. On sent un désespoir de ne pouvoir réaliser les objectifs pour lesquels ils ont consacré tant de temps au club. Une perte de sens. J’ai ressenti ça quand je ne pouvais plus travailler, j’ai passé des jours dans une sorte d’état second. D’autres étaient en colère, ou libérés. Dans tous les cas ces sentiments étaient extrêmes.
De plus, la réussite ou l’échec lors de ces événements peut être le coup de boost à une décision prise à un titre individuel. Se déclarer après une compétition, voir pendant n’est pas rare. Parce qu’on se sent plein de courage, ou qu’on n’a plus rien à perdre.
Aussi, je me demande comment l’autrice va gérer ces émotions plus exacerbées que la moyenne chez ses jeunes protagonistes. Comment vivre ces sentiments pourtant communs quand sa vie a pris un tour extraordinaire. On sent que Mitsui cherche à donner de l’espoir, une bouffée de bonheur à cette génération de lecteurices qui est passé par là et ne sait pas trop comment s’en sortir sans déprimer.
Côté dessin, le début est un peu brouillon, mais la suite prend le temps et s’améiore grandement, donnant de superbes planches pleines de clarté et de douceur, avec une emphase sur les corps graciles et plein d’énergie des nageurs.
Conclusion
Anyway I’m in love with you s’annonce comme une romance à la fois classique mais gonflée des sentiments puissants de ces ados contraints à repenser leur univers et leur avenir. Si cette lecture ne m’a pas forcément convaincue, elle saura, je pense, toucher le coeur des ados qui ont difficilement vécu la pandémie
- Anyway, I’m falling in love with you
- Haruka Mitsui
- Pika éditions, 2025
- Shojo, Romance