Love my Life

Deux jeunes femmes sont assises sur un lit et se font face. Celle à gauche, jambes croisées, portant un jean, un soutien-gorge, cheveux coupés en carré; regarde celle à droite, cheveux coupés très courts, en top verts, ses mains croisées devant elle.

Manga de Ebine Yajimi

Traduction T. de B.

Asuka 2005
One shot

194 p.
Genre : tranche de vie
CW : homophobie

Ichiko est étudiante en anglais et souhaite devenir traductrice comme son père. Mais surtout, elle veut lui faire son coming out et lui présenter sa copine. Cette annonce déclenche une série d’événements inattendus.

My love is your love

Vous savez pourquoi les bibliothèques c’est cool ? Parce qu’on a des vieux titres épuisés ailleurs que les éditeurs n’ont pas et ne vont sans doute pas rééditer de sitôt. Celui-ci en fait partie et je sens que je vais aller en croisade pour le revoir sur les étagères tant il est iconique et intemporel.

Ichiko est étudiante à la fac et bosse à mi-temps chez un disquaire. Elle s’entend bien avec son père, un traducteur de renom, et veut exercer le même métier que lui. Mais sa préoccupation première est ailleurs. Elle est folle amoureuse de Eri, une jeune femme de son âge qui aspire à devenir avocate. Eri est son soleil, celle qui fait vibrer son corps et son âme. Mais Ichiko hésite à la présenter à son père, redoutant sa réaction.

Et quelle réaction ! Le coming out déclenche une série de révélation sur la famille de la jeune femme. Sa mère, décédée sept ans plus tôt, cachait un gros secret, et son père en cache un plus gros encore, menant l’héroine à s’interroger sur l’amour qu’elle porte à Eri et son homosexualité. Est-elle lesbienne ou simplement tomber amoureuse d’une personne qui par le plus grand des hasard, a le même genre qu’elle ?

Ichiko est celle qui se questionne le plus en sentant sa vie changer, prendre un tour plus adulte. Elle doit faire des choix, accepter ceux des autres. Les vérités sur sa famille la poussent à comprendre que la vérité n’est pas une et universelle mais peut et va s’adapter à son point de vue, pourvu qu’elle y croit fermement. Elle vit avec le soutien inconditionnel de son père, à qui elle peut tout raconter.

Eriko « Eri » est plus affirmée. Elle sait ce qu’elle veut, elle est sûre d’elle et de sa façon de penser. Bien qu’elle s’en défende, le fait d’avoir un père dur et élitiste avec qui elle se confronte pour s’affirmer en tant que femme en capacité d’exercer un métier prestigieux a du influer en partie sur son caractère, en ce sens qu’elle ne veut pas se renier face au monde.

Les garçons n’y sont pour rien. Seulement, chaque fois que je suis avec un garçon, je ne me supporte pas car je ne suis pas moi-même.

Eri

Suivre les introspections d’Ichiko nous amène à observer la vie d’un couple lesbien, sans tabous mais sans fantasmes non plus. Elles mènent une vie normale, à peine à la marge, et on perçoit en filigrane la vie des gays et lesbiennes qui les ont précédées, faites d’interrogations, de peurs de la compromission mais aussi du dévoilement. Les choix que les anciens ont fait ont une grande influence sur la génération suivante qui cherche sa voie. Certaines décisions peuvent paraitre cruelles et laisser perplexe mais elles peuvent se comprendre.

Ichiko et Eri ne sont pas les seuls personnages queer. Take-chan, son meilleur ami, est au placard et tous les deux simulent une vie de couple aux yeux du monde pour lui laisser un peu d’espace et le temps de se trouver quelqu’un à aimer. Surtout il redoute l’homophobie ambiante et les préjugés qui entourent son orientation, et a en même temps un regard acerbe sur sa communauté plus obsédée par la fête et la baise que par l’idée d’une relation sérieuse. Un autre personnage important dans la vie d’Ichko semble être orienté aro/ace.

– C’est pas une vie de trembler en permanence.
– Notre seul crime est d’aimer quelqu’un… Nous ne faisons que nous aimer.

Take et Ichiko

Love my life date de 2001 au Japon. Et 20 ans plus tard, je sens qu’il peut encore résonner chez bon nombre de membre de la communauté en plein questionnement sur son orientation. Eri et Ichiko vivent leur vie pleinement, avec les joies, les peines, les doutes qui accompagnent leur quotidien. J’aime l’honnêteté du ton, son réalisme tout autant que son optimisme. Si vous avez l’occasion de le trouver, lisez-le, c’est une perle rare.

Et séreux Kaze, rééditez-le. Sinon je vous range dans la boite avec les autres éditeurs assis sur un trésor qu’ils refusent d’exploiter (oui je parle de vous Delcourt-Tonkam et Panini).


Pour aller plus loin

Love my life a été adapté en film en 2006. Il est trouvable en ligne légalement mais uniquement sur des sites japonais.

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