
Film d’animation de Mamoru Hosoda et Studio Shizu
Avec Louane Emera, Florent Dorin, Antonin Icovic…
Distribution : Wild Bunch
29 décembre 2021
2h02
Genre : drame, aventure.
TW : violence sur mineurs, mort.
CW : PTSD, crises d’angoisse, mentions de cyber harcèlement
IRL, Suzu est une lycéenne complexée et affectée par la mort de sa mère. Mais sur U, elle est Bell, la chanteuse aux cinq milliards de followers. Lors de l’une de ses prestations, une Bête s’en prend à elle.
The social fairy tale
Ça fait des mois que je l’attends. Parce que Mamoru Hosoda est l’un de mes réalisateurs préférés en terme de films d’animation. Le père de Summer Wars et de Ame et Yuki : les enfants-loups revient nous régaler avec une relecture 2.0 de La Belle et la Bête.
Belle, Suzu est loin de penser l’être. En peu de temps, on apprend l’étendue de ses traumas d’enfance et de son anxiété sociale et amoureuse. C’est une ado paumée qui évacue ses angoisses sur U (prononcer YOU), l’application en réalité virtuelle où elle incarne secrètement Bell, la chanteuse la plus populaire au monde. Seule Hiroka, sa meilleure amie nerd et dépourvue de filtre quand il s’agit de juger les gens, est au courant et assure sa promotion sur le net.
Alors qu’elle est au faite de sa gloire, Bell voit l’un de ses concerts perturbés par l’arrivée de Dragon, une créature couverte de cicatrices, pourchassée par les Justice, la milice de U et unanimement conspuée par les internautes en raison de sa brutalité. Fascinée malgré elle, la chanteuse va tenter de le retrouver et de le comprendre.
A l’instar du OZ de Summer Wars, U est dépeinte comme une technologie omniprésente, bienveillante et positive, aisément accessible par les enfants et les adultes via un objet connecté et des oreillettes récupérant les données biométriques pour créer un avatar. J’ai mentionné que Bell a 5 milliards de followers, ce qui induit que oui, des utilisateurices racisé.es sont visibles en train de l’utiliser, ce qui n’arrive t que trop rarement, surtout dans un film d’animation.

Cependant, si OZ est plus un super assistant Siri/Alexa, U tient plus de Twitter/YouTube dans son approche avec un soupçon de chaîne d’info en continu. Hosoda a pris note de l’impact aussi bénéfique que dévastateur des RS en fonction de qui les utilisent, que ce soit des groupes ou des individus, et de leurs émotions sur le moment.
La relation entre Bell et Dragon met en lumière de nombreux sujets : l’intelligence artificielle, la célébrité via les réseaux, la crédibilité qu’on s’y crée, la modération des internets, incarnée par Justin, leader ultra sponsorisé dés Justice qui rappellera à certain.es un certain président français. Et surtout, la gestion de son image, celle qu’on donne à voir aux autres et celle que les autres ont et attendent de nous. Dans cet univers où l’apparence compte énormément, la bête n’est pas toujours celle que l’on croit et à de multiples visages.
L’idée que tout l’aspect SF du film tienne dans un téléphone et des oreillettes, sans autres extravagances techniques, me plait car si U permet des choses difficiles voir impossibles ailleurs, beaucoup des situations vécues trouvent aussi des réponses dans la vraie vie des personnages.
Et j’adore tout le casting, les nuances apportée à chacun. Tout comme les sujets abordés, ils sont nombreux et parfois durs, mais je n’ai pas l’impression qu’ils aient été survolés ou travaillés à la va vite. Même si on ne s’attarde pas forcément sur tout le monde, chacun a une place, chacun est profitable à l’intrigue. Mention spéciale à Hiroka, qui est aussi allumée qu’irritante, mais trop drôle pour être oubliée.
Mais évidemment, Suzu est ma préférée. Elle est attachante, on a envie de la voir surmonter ses peurs et retrouver sa voix. J’aime le courage qu’elle se donne dans ses actions, ses remises en question et sa maturité acquise dans une adversité qui la dépasse parfois et des relations pas toujours bienveillantes.

La mise en scène est impressionnante et utilise un mélange 2D/3D avec une maîtrise que l’on voit rarement en animation. En fait, on oublie très facilement la 3D tant on se laisse embarquer dans les visuels grandioses et les couleurs éclatantes. D’ailleurs saurez-vous retrouver l’hommage à la Belle et la Bête de Disney ?. Je suis tout aussi appréciative des paysages de la campagne où vit Suzu et de l’utilisation de la caméra pour les plans IRL, où j’ai retrouvé la patte créative de Wes Anderson.
Et la musique. Le son en général. J’ai vu le film en VF et la voix de Louane, tant en jeu d’actrice qu’en chant, vaut le détour tant elle joue son rôle parfaitement. Toutes les chansons ont été doublées et s’intègrent idéalement au reste du doublage tout aussi qualitatif. Il faudra quand même que je le vois en VO, mais je me battrais pour que la VF soit appréciée à sa juste valeur.
Belle est une très belle (ah !) réinterprétation du conte ou la Bête est très, très loin d’être celle que l’on pense. Onirique, optimiste et réaliste à la fois, il m’aura fait gigoter sur mon siège au rythme des chansons et fait battre le cœur pour ses héros. Mamoru Hosoda m’a rendue heureuse, une fois de plus.