
Manga de Tsuyoshi Takaki
Traduction Sébastien Ludman
Ki-oon (shonen)
4 tomes en cours
208 p, 7.90€
Genre : SF, action
200 ans après qu’une guerre planétaire a décimé l’espèce humaine, Zett, un Gear scientifique recueille Roue, une petite fille encore bébé, et l’élève comme un père. Des années plus tard, Roue ramène Chrome, un étrange robot maladroit et peu éveillé. Mais lorsque un Insane, un robot fou, tue Zett, Chrome révèle sa véritable nature. Commence pour lui et Roue un périple dangereux pour ressusciter Zett.
Les espoirs et les rêves
Bon sang quelle lecture. C’est rare que j’éprouve autant de choses en lisant un manga. Heart Gear a tout simplement retourné mon cerveau, a joué avec, bien rigolé, et maintenant refuse de me le rendre. Et j’adore ça.
Il y a quelque chose de chaleureux qui se dégage de ce monde en déshérence. Roue, son sourire, ses mimiques, Zett, si attachante figure paternelle, Chrome, si naïf et curieux, son sérieux servant souvent de ressort humoristique. Même quand ce cocon familial vole en éclat à cause de la folie d’une intelligence artificielle défaillante, vestige des guerres humaines et de l’expansion des corporations, personne ne désespère longtemps. Chrome promet de protéger Roue, et ça suffit pour lancer l’aventure.
Une fois qu’ils sont sur la route à la recherche d’un nouveau corps pour Zett, chaque rencontre est l’occasion d’apprendre et d’en savoir plus sur ce monde dangereux pour Roue et Chrome. Et pourtant, même nous lecteurices, demeurons dans un flou artistique. Impossible de savoir quel âge a précisément la petite – 10 ans ? 12 ans ? -, et depuis quand Chrome a été créé. On ne sait même pas où l’on se trouve sur terre !
Mais est ce que cela à une importance ? Ils ne partent pas pour sauver le monde. Juste ressusciter un ami puisque c’est possible. Mais notre paire de protagonistes prend conscience qu’ils en savent aussi peu sur le monde que sur eux-mêmes, et c’est ce qui va être le moteur de leur voyage.
Nous qui sommes entièrement mécaniques, dont l’enveloppe et le contenu sont définis dès la création, qu’on peut régénérer à partir d’un noyau si jamais on casse, est-ce qu’on peut vraiment dire qu’on est vivant ?
Rock, Heart Gear vol.2
Au fil de l’aventure, l’auteur égraine des indices ici et là sur la catastrophe qui s’est produite des siècles auparavant et ce qui est arrivé au Gears qui sont restés sur Terre. Il suffit de quelques mots échangés avec un androïde, d’un combat dantesque, ou des écrits glissés entre les chapitres pour comprendre que Roue est en sécurité nulle part et surtout que l’humanité a merdé dans les grandes largeurs pour un but perdu pour l’histoire, et a payé le prix fort.
Cette vanité, on la perçoit partout, dans les étendues vides et désertes, dans les ruines d’anciennes villes. Les rares lieux de repos quand un Insane n’attaque pas sont tenus par des Gears qui n’ont pas perdu la raison et semblent attendre eux aussi que le monde reprenne sa marche.
Cette vanité, elle est aussi incarnée par les Gears, dont l’immense majorité sont dédiés à la guerre et au combat. Les ingénieurs qui les ont créé se sont livrés à une escalade dans la créativité destructrice. Chaque Insane ou adversaire que Chrome devra affronter est plus grand, démesuré, surarmé et déterminé à se battre que son prédécesseur. Et le héros lui-même n’échappe pas à cette surpuissance, même s’il ignore encore d’où il la tient et à quoi elle devrait servir…
Et les combats… Ces combats. Le dessin de Takaki-sensei, je pourrais m’épancher des heures dessus, moi qui suit si mauvaise pour décrire la patte artistiques d’une œuvre. Si précis, si détaillé, que ce soit dans les moments détendus ou les affrontements. L’auteur se joue des échelles, des angles de vues, s’amuse à titiller le quatrième mur avec une délectation sans cesse renouvelée. L’action va vite mais est lisible. Sans abuser des lignes de force, il nous fait parfaitement comprendre quand un Gear balance des patates de forain. C’est un régal, au point que j’ai passé de longue minutes la loupe à la main pour admirer le rendu d’un trait ou d’une expression. Je n’ai jamais autant ressenti la force d’un dessin.
Au cas où vous n’auriez pas compris, Heart Gear est un coup de coeur. J’en veux encore des histoires post-apocalyptiques où on arrive à rire autant, s’inquiéter autant, réfléchir autant, vibrer autant sans que les explications scientifiques ne nous perdre comme le ferait la hard-SF. C’est l’un des mangas les plus prenants qu’il m’a été donné de lire.
Merci au podcast La 5e de couv’ de m’avoir poussée à lire ce manga ! Maintenant, faut que je mette la main sur Black Torch, du même auteur et chez le même éditeur (c’est pratique uhuh).