
Film d’animation de Kotaro Tamura
D’après la nouvelle de Seika Tanabe
Livre disponible chez les Editions d’Est en Ouest)
Studio de production : Bones
Sortie le 16 juin 2021, 1h38
Genre : romance, drame
Tout public
Kumiko, paraplégique depuis l’enfance, vit avec sa grand-mère, qui la surprotège du monde extérieur. Elle sort peu et s’est créé son propre univers, aidée par la lecture, sa fascination pour la mer et son imagination débordante. Etudiant à la fac, Tsuneo cumule les petits boulots pour réaliser son rêve d’aller étudier la vie sous-marine au Mexique. Un jour, il la sauve d’une terrible chute et est embauché pour lui tenir compagnie.
Partir là-bas
Je ne m’excuserai pas d’avoir mis une chanson dans vos oreilles, pas alors que ce film est si joli qu’il mérite de rester dans vos têtes un moment et que Eurozoom fait le taf mieux que personne pour nous rapporter des films d’animation japonais qui n’auraient aucune chance d’arriver chez nous si ce distributeur n’était pas là.
Pourtant, forcément, même si je n’en attendais rien, j’ai tendance à me méfier des oeuvres mettant en scène des personnes handicapées, tant la mauvaise représentation de leurs vies peut être irritante et l’a souvent été. J’ai, de mon point de vue, été agréablement surprise par le résultat.
Même si nos handicaps sont différents, je me suis un peu reconnue en Kumiko – qui tient à se faire appeler Josée, en hommage à son autrice préférée, Françoise Sagan. Josée est pleine de rêves et d’envies que sa paraplégie l’empêche de réaliser jusqu’au bout et cela la frustre. Bien qu’elle ne soit pas totalement dans l’incapacité de se déplacer à l’extérieur, le cocon et l’amour de sa grand-mère la protègent autant qu’ils l’enferment et elle ne sait pas vraiment comment en sortir. C’est une jeune femme capricieuse, gâtée, et comme Tsuneo va l’apprendre à ses dépends, difficile à vivre au quotidien.
Tsuneo est sont sauveur, mais ce n’est pas un sauveur, juste un type qui a besoin d’argent pour réaliser son rêve d’océanographie, et assez empathe pour saisir vite que Josée et sa personnalité ne se limitent pas à son fauteuil et à sa vieille maison. Forcé de devenir son serviteur, il se montre maladroit, mais jamais blessant, et ne fait que répondre à ses désirs de liberté et d’ailleurs, et assiste parfois avec impuissance et frustrations à ses crises, ses caprices, mais aussi sa joie quand il la voit s’ouvrir peu à peu et réaliser que le monde n’est pas « emplis que de monstres effrayants ».

C’est le début d’une romance slow-burn, pleine de bons sentiments et d’optimisme. Le traitement du handicap, est à mon avis correct, les difficultés qu’il induit comme l’accessibilité ou les aspects plus psychologiques ne sont pas minimisés et tout est dit dans les détails, insignifiants de prime abord et pourtant si importants, Même poussé par la curiosité, Tsuneo est globalement attentif à ne pas envahir l’espace personnel de Josée, et la laisse agir. Si le héros franchit les limites, c’est poussé par l’incompréhension ou la colère que ne manque pas de provoquer l’attitude de Josée à son égard (elle peut se montrer odieuse). Le film a deus passage clairement validistes et n’importe qui aura envie de gifler les personnes qui les provoquent, même si, d’une certaine façon, ils arrivent de façon « logique » dans l’avancée de l’histoire.
L’attrait pour la mer de Josée et Tsuneo est également renforcé par les rappels constants du conte La petite Sirène de Andersen. Une fois qu’on a compris cette imagerie, on s’inquiète forcément de la fin de cette histoire, et on a encore plus envie de soutenir les personnages, de les voir heureux malgré le sort et les doutes et la réalité cruelle de la vie.
Le film est superbement réalisé par Kotaro Tamura (Noragami), avec des couleurs vibrantes et un character design absolument charmant. Josée est tout simplement magnifique, et la façon dont les fonds marins est représentées et les illustrations au pastel sont saisissantes, on a envie d’aller plonger. La bande son est très entrainante et accompagne chaque ambiance du film à la perfection. Je l’ai par ailleurs vu dans sa version doublée qui était excellente.
Josée, le tigre et les poissons n’a pas l’ambition d’un Perfect World ou A silent voice, c’est une romance vive et chaleureuse qui a le simple fait d’avoir une femme en fauteuil être le love interest et le personnage principal. C’est son histoire, et elle mérite d’être racontée et regardée.